Les deux penseurs envisagés dans ce livre ouvrent des perspectives différentes sur le sens de l'éternité. Spinoza s'approche de la béatitude au terme d'un itinéraire guidé par la lumière exclusive de la raison, itinéraire qui demande de renoncer aux passions tristes. Rosenzweig cherche comment l'éternité habite présentement le temps pour ceux qui, de génération en génération, écoutent la parole révélée et vivent à son diapason. Cependant l'un et l'autre philosophes partagent l'idée qu'il ne convient ni de confondre le cours visible de l'histoire avec la véritable trame du réel ni de se résigner à la cause du néant. Ils engagent ainsi à réfléchir sur les modalités de l'apparition de l'éternité dans le temps et sur la place des singularités fragiles dans un monde où le sens de ce qui ne passe pas prévaut sur la mélancolie.