Dans les collines de Provence, Manon est une bergère sauvage qui vit à l'écart d'un petit village. Elle est arrêtée sur des accusations saugrenues et jugée par les villageois. Au cours de ce procès farfelu, elle est défendue par l'instituteur, jeune homme intrigué par la personnalité de cette farouche rebelle. En fait Manon prépare une sourde vengeance contre les villageois, coupables selon elle d'un crime qui remonte à sa jeunesse..Manon des sources et Ugolin est un diptyque (en fait un seul film, divisé en deux parties pour l'exploitation) écrit et tourné par Marcel Pagnol pour sa femme Jacqueline. Cadeau d'amoureux, c'est aussi et surtout une œuvre somme, le dernier grand film de son auteur. Pagnol ressentira le besoin de revenir à cette histoire qui concentre tous ses thèmes, son univers, et il la couchera une dizaine d'années plus tard par écrit, l'enrichissant et la concluant en écrivant L'Eau des collines qui deviendra Jean de Florette dans l'adaptation cinématographique de Claude Berri. Pour ce film, Pagnol s'enfonce encore plus loin dans l'arrière pays provençal sans faire appel cette fois à son chantre que fut Jean Giono, auteur qu'il adapta plusieurs fois à l'écran. Il puise dans ses souvenirs d'enfance, ceux du village de la Treille qui donneront naissance à La Gloire de mon père et au Château de la mère. Il fait jouer dans son film de nombreux habitants du village, où il tourna également Cigalon en 1935. S'il aime profondément ce pays et ses habitants, il réalise néanmoins un film âpre et dur sur le monde paysan, sur la loi du silence, sur ces hommes qui préfèrent baisser les yeux devant les drames des autres. Film sur le silence, mais paradoxalement œuvre de mots. Des mots qui guident l'image, le récit, des mots qui sont comme cette rivière souterraine cachée qui est au cœur de l'histoire. Des silences qui tuent, des paroles qui font vivre.