Santé mentale des étudiant·es en berne, accusations de « wokisme », IA génératives qui semblent tout savoir : à quoi bon encore faire des sciences sociales aujourd’hui ? À quoi bon continuer à enseigner, enquêter, écrire, quand nos savoirs sont contestés et que le monde académique s’accélère au point de nous épuiser ? Et si l’une des réponses consistait à remettre au centre émotions, vécus, attachements ? Peut-on faire de la sociologie à partir de l’intime, des histoires familiales, des expériences minorées, sans perdre en rigueur ? Que se passe-t-il quand on reconnaît le travail émotionnel des chercheur·es et des enseignant·es ? Est-il possible de bâtir une pédagogie féministe et sensible qui interroge les rapports de pouvoir en classe ? Nourri par les théories du care, les épistémologies féministes et les réflexions sur la résonance, ce livre propose une sociologie (du) sensible : une sociologie qui assume sa part située et engagée, sans renoncer à l’exigence critique. En somme, une sociologie en prise avec l’emotional turn, où les émotions deviennent des objets d’enquête (ce qu’on ressent, ce qu’on doit ressentir), des outils d’analyse des rapports sociaux et des enjeux épistémologiques (ce que ressent le/la chercheur·e). À partir d’exemples concrets de recherche, d’enseignement et de formes de diffusion (théâtre, BD, écritures hybrides…), il esquisse une éthique de la tendresse et du « gai savoir ». Un ouvrage pour celles et ceux qui refusent de choisir entre comprendre le monde et y tenir, entre raisonner et résonner.