Faire surgir un lapin de son chapeau sans l'y avoir placé au préalable, mouvoir un objet sans avoir eu à le déplacer effectivement, parvenir donc à un résultat en l'absence des conditions nécessaires de son obtention : telle est l'essence de la magie. N'est-ce pas, paradoxalement, à une telle magie que sont vouées, par principe, toutes les tentatives de " phénoménologies de l'action " – et dont la profusion éditoriale actuelle est incontestable –, dès lors qu'est exhibée la contradiction qui les grève ? Si, comme l'a affirmé la tradition phénoménologique, l'action doit a minima être entendue comme cette modification réelle du monde pouvant être produite par un comportement d'un certain type, et si, sous l'influence kantienne, la phénoménalité a été définie par sa réceptivité et son impuissance, alors l'idée même d'un " phénomène de l'action " enveloppe la notion contradictoire d'une puissance de ce qui est constitutivement impuissant.
Les " phénoménologies de l'action " sont donc nécessairement des phénoménologies magiques. C'est un tel paradoxe que cet ouvrage tente de mettre lumière et dont il tente d'élucider les conditions théoriques sous lesquelles il serait possible, pour la phénoménologie, d'en sortir.