Résultat d'un choix scrupuleux, ce grand juke-box muet de la chanson française vous invite à scruter le panorama étendu de son histoire, des années 20 jusqu'à nos jours. Derrière cet intitulé générique de chanson française brille une multiplicité de styles, riches d'une tradition actualisée au fil des ans par des artistes assumant, pour la plupart, l'héritage d'illustres aînés à leur chevet. Et l'on entendit Brassens revendiquer Trenet, Maxime Le Forestier se recommander de Brassens dont il était un proche, Alain Souchon faire l'apologie de Ferré. Françoise Hardy confiait son admiration pour Cora Vaucaire qui aimait à interpréter les poèmes d'Aristide Bruant. Plus près de nous, Zazie s'avoue, volontiers, en accointance avec le répertoire de Barbara. Catherine Ringer ou Benjamin Biolay se déclarent influencés par Henri Salvador. Et la chaîne se prolonge. Une preuve, s'il en était besoin, que cet art prétendument mineur engendre une culture de dialogues, en permanence ouverte sur l'avenir, les réussites d'hier collaborant à celles des lendemains... qui chantent. Tour à tour, placée sous les auspices de l'opérette, du cabaret, chanson frivole ou chanson grave, fantaisiste ou rive gauche, fabriquée sur un manche de guitare, entre deux sentiments, même sur les brisées de l'américaine au temps du rock'n'roll importé, chuchotée, scandée ou râpée, la chanson française façonne une histoire autonome reçue, au gré des époques, des troubadours lancés sur le trimard de la poésie portée en musique. A la confluence de la culture populaire et savante, mi-canaille mi-érudite, ses succès campent dans nos rappels comme autant de bornes vives. Cet art qui se transporte sur les ondes, agit comme un stimulateur de souvenirs condensés - une date, un endroit, quelqu'un! Grâce à l'allemand Emile Berliner, en 1887, et à Columbia, en 1946, avec l'invention des 78 tours, nés durant les Années folles, les premiers chefs-d'oeuvre de la chanson pourront déjà être enregistrés. Ces supports vont vite évoluer en passant du vinyle au CD jusqu'au MP3. Voix chères à jamais disparues, à jamais conservées! Elles s'appelaient Mireille, Damia, Fréhel, Piaf, elles s'appelèrent Patachou, Barbara, Gréco, il y eut Hardy, Sanson puis Zazie, et maintenant Camille et d'autres. Priorité aux dames, aux grandes, dont les oeuvres sont tapies entre les pages de cet ouvrage. Toutes servies par les meilleures musiques et paroles, lorsqu'elles ne les écrivaient pas ou les composaient elles-mêmes, elles appelaient celles et ceux qui avaient choisi de les servir dans l'ombre, les auteurs, les compositeurs, les auteurs-compositeurs, incontournables pourvoyeurs en vers et en notes de leurs sagas nourries. Hommage aux illustres disparus, retenons dans cette catégorie les noms de Vincent Scotto, de Pierre Delanoë, de Mireille, de Marguerite Monnot qui ouvrirent la voie aux Bergman, Barbelivien, Goldman, Biolay. Ici, encore, la chaîne se prolonge. Mille chansons recensées vous offriront le détour par-delà le temps, au rendez-vous de la nostalgie, de l'émotion, et pour certains le plaisir de les découvrir, simplement. Ainsi va la chanson qui se faufile de tympan en tympan, telle une petite médecine voluptueuse pour tous, allégeant nos doutes et nos peines, glissant des mots sur nos maux, repeignant nos vies à ses couleurs. Chantons!