La panthéonisation de Jean Moulin fut portée, en 1963, par l'initiative de résistants de son Hérault natal, à l'occasion du vingtième anniversaire de la création du Conseil national de la Résistance. André Malraux, alors ministre d'État chargé des Affaires culturelles, manifesta aussitôt son intérêt et obtint l'accord de principe du Premier ministre, Georges Pompidou, entériné par le général de Gaulle. Après quelques hésitations en raison de l'ampleur du projet, la cérémonie ne fut publiquement annoncée qu'au début de l'été 1964. Elle s'inscrirait dans le cadre de la commémoration des vingt ans de la Libération. La date fut fi xée au samedi 19 décembre tandis qu'André Malraux se voyait confi er l'écriture du discours, qu'il prononça lors de la cérémonie de panthéonisation captée par l'ORTF. Ce discours, que nous croyons si bien connaître, cette "psalmodie hurlée" comme Malraux l'appelle lui-même, a été un texte mouvant, retravaillé avant, pendant et après sa lecture publique. C'est ce processus d'écriture que le présent recueil donne à voir, réunissant le texte que Malraux choisit de publier dans les Oraisons funèbres, le manuscrit de la plus ancienne version du brouillon connue - fac-similé et transcription -, ainsi que ses autres discours sur la Résistance et la déportation. Tel est l'ensemble qui tentera de répondre à cette suggestion formulée un jour par Roger Martin du Gard à son ami : "Il faudra bien, un jour, que vous écriviez un essai sur le miracle de la parole en public, et que vous nous révéliez ce qui se passe en vous quand vous êtes sur le trépied."