Maurice Mermet a seize ans à la rentrée scolaire de 1942. Venu de Lyon, il intègre la classe de terminale math élém du lycée Condorcet. Son professeur de philosophie est "M. Sartre", Jean-Paul Sartre - dont c'est également la première année dans l'établissement parisien. Aujourd'hui centenaire, Maurice Mermet garde un souvenir net de cette année de découverte de la discipline et surtout de cet enseignant passionnant, déjà auteur d'une Esquisse d'une théorie des émotions, de La Nausée et des nouvelles du Mur, qui invita ses quarante-quatre élèves, en juin 1943, à la première des Mouches, au Théâtre de la Cité. Maurice Mermet était non seulement un très bon élément, mais aussi un élève consciencieux. Il a pris le cours sous la dictée de son professeur avec une application rare - en témoignent aujourd'hui les quatre cahiers qu'il a conservés, dont ce volume donne la transcription intégrale, enrichie de copies corrigées. Jean-Paul Sartre a déjà plusieurs années d'enseignement derrière lui quand il prend la suite de Ferdinand Alquié à Condorcet. C'est un professeur expérimenté et précis qui se révèle dans ce document exceptionnel et touchant - une année de cours qui éclaire la façon dont on pouvait enseigner la philosophie sous l'Occupation, mais également la culture et les intentions philosophiques de l'écrivain qui achevait alors l'écriture de L'Être et le Néant (1943). Il faut ainsi se faire élève de terminale, et écouter Sartre nous brosser à grands traits, comme il était recommandé de le faire, une histoire de la philosophie, en nous parlant de vérité, de science, de beauté, de morale, d'émotion... et de liberté : "Une décision peut donc être considérée non comme une conséquence de faits antérieurs, mais comme un commencement premier."