Regarder le dessin d'Alberto Giacometti, le voir seul, pour lui-même, et comme fondement de l'ensemble de son œuvre sculpté et peint, permet d'entrer au cœur de l'une des créations les plus singulières de ce siècle, dont l'exigence absolue - la quête " sans fin " de vérité ne peut être comparée qu'à celle de Cézanne. Un dessin pleinement à l'œuvre: l'exercice du crayon est pour Giacometti le moyen nécessaire pour " voir " - comprendre ce qu'il voit quand il regarde et ce qu'il retient quand il dessine (qu'est-ce que copier ?). Et le blanc de la feuille constitue le lieu le plus immédiat - le plus inquiétant aussi - d'une tentative sans trêve pour capter dans l'espace et la lumière la présence vivante, fuyante, de l'être ou de l'objet qui lui fait face. Tête, pomme, verre, arbre, suspension : les figures et les objets inlassablement dessinés par Giacometti hésitent " entre l'être et le non-être ". Ces apparitions cristallines, précaires, résiduelles, qui semblent en suspens dans le vide de la feuille, possèdent paradoxalement une stupéfiante force d'évidence, qu'il désigne comme " noyau de violence " infracassable.