"Vain dans sa superbe, faible dans sa puissance, ridicule, magnifique, courageux, lâche, insupportable, généreux, bête à pleurer, maître des mots mais si peu maître de lui-même." Telle est la description qu'Antoine Audouard fait d'Abélard, théologien et philosophe controversé du XIIe siècle. Mais si le nom d'Abélard est venu jusqu'à nous, ce n'est pas tant pour son talent d'orateur ou de penseur, que pour son histoire d'amour passionnée avec la belle Héloïse. Histoire qui se termina tragiquement : l'amant fut émasculé par l'oncle Chanoine de la pécheresse. On considère communément que l'histoire d'Héloïse et Abélard est sublime. C'est certainement la raison pour laquelle la lecture de ce roman provoque un certain malaise, car l'auteur effectue pour sa part une dichotomie stricte entre la passion intellectuelle et la passion charnelle. Arrive alors l'instant où, du fait de la castration, l'étreinte physique n'étant plus de mise entre les deux époux, l'auteur s'autorise à laisser émerger une certaine complicité intellectuelle… Audouard ne fait d'Héloïse qu'une poupée ravissante, objet sexuel d'un Abélard devenu soudainement lubrique au point d'en oublier sa charge. Elle-même, devenue religieuse, continuera inlassablement à rechercher l'étreinte de son bel amant. Au grand dam de la légende, l'image d'Héloïse s'en trouve réduite. Elle n'est ni femme forte, ni érudite. Ses échanges avec Abélard semblent se limiter à des contacts charnels. "Je voulais seulement t'aimer et être à toi - et même faire tout ce que tu voulais n'a pas suffi. Quel amour plus grand te faut-il, mon amour ? Un amour qui fasse de moi plus que la femme d'Auguste - ta servante, ta putain…" lui dit-elle lorsqu'il décide de l'envoyer dans un couvent et de renoncer à elle. Certains historiens semblent préférer une autre version de l'éloignement d'Héloïse : elle-même aurait décidé de se cloîtrer. Mais après tout, peu importe, Adieu mon unique est un roman. C'est écrit sur la couverture...--Laure de Montalembert--