Le jardin est un milieu sophistiqué qui met en scène la nature et la contraint à se plier à nos caprices. D'ailleurs, sur le plan écologique, on peut aller jusqu'à dire qu'il est une hérésie, puisqu'il élimine de manière systématique la quasi-totalité des espèces spontanées. Clin d'oeil significatif, les plantes naturelles y prennent le nom de «mauvaises herbes», comme si la nature sauvage avait une mauvaise influence dans le jardin. Plutôt que de rechercher les bonnes plantes à adapter dans un type de terrain, nous préférons transformer la structure du sol afin de satisfaire nos caprices et nos goûts, quitte à les abreuver dès qu'il fait chaud, les abriter aux premiers frimas, bref, à les placer dans des conditions souvent artificielles pour qu'elles survivent. De plus, les plantes cultivées sont regroupées en massifs rassemblant des espèces originaires de contrées fort différentes, dont les exigences spécifiques sont parfois assez éloignées. Toutes ces particularités font que les cycles et les équilibres naturels sont fortement bouleversés par les actions du jardinier. Mais en dépit de tous ces artifices, le jardin montre un surprenant respect pour la nature. Il l'embellit selon nos propres goûts, la façonne à travers des critères le plus souvent subjectifs comme l'esthétique, mais il respecte l'essentiel: la Vie. C'est pourquoi un jardin bien équilibré est aussi un havre de paix et de bonheur pour la faune sauvage. Pour devenir un lieu de repos, de tranquillité et de beauté, le jardin se doit d'être la synthèse réussie de ses composantes naturelles, des rêves, de la volonté et des efforts du jardinier.
D'ABORD IL Y EUT L'ÉDEN
Projection idéale d'un monde paisible et harmonieux, le jardin est dans son acception première le paradis terrestre. Ne qualifie-t-on pas ce dernier de jardin d'Éden? Le premier jardinier fut donc... Adam! Par extension cette image est devenue celle d'un lieu de délices, d'opulence et de prospérité, symbolisée par le fameux verger des pommes d'or. On parle aussi souvent d'un «éden de verdure» pour qualifier le jardin, signe du besoin de la présence de végétaux dans notre environnement.
LE JARDIN, UNE RETRAITE À L'ABRI DU MONDE
«Pour vivre heureux, vivons caché», dit l'adage. Et assurément, la première tâche d'un propriétaire est de clore son espace, pour se protéger de l'extérieur. Le jardin n'interfère pas avec l'environnement, il en crée un nouveau façonné à l'image de son propriétaire, qui peut y extérioriser toutes ses fantaisies. C'est là que se manifeste la notion de «jardin secret» car c'est souvent à travers son jardin qu'une personne laisse percevoir son moi intime.