Tenter de comprendre pourquoi des femmes ont cherché la liberté en Orient nous fascine depuis longtemps. Comment une région où les femmes sont tenues à l'écart et où leurs droits sont limités peut-elle offrir à des Occidentales une liberté qui leur est refusée dans leurs propres pays prétendument libéraux ? Et comment les charmes d'une culture transplantée, si ostensiblement associée à la répression, pourraient-ils se transformer en catalyseurs du progrès dans une autre société ? Pour tenter de répondre à ces questions, ce livre est divisé en deux parties. La première est consacrée aux voyageuses qui ont exploré le versant oriental de l'empire Ottoman : l'Égypte, la Palestine, la Syrie, l'Irak et la Turquie, de 1717 aux années 1930. En rassemblant leurs expériences, leurs façons de voyager et de s'habiller, leurs motivations et leurs attitudes, ainsi que leurs échanges avec les individus qu'elles ont rencontrés, ces voyageuses nous montrent comment elles ont trouvé la liberté et comment celle-ci les a changées. La seconde partie a été écrite grâce à celles qui n'ont pas voyagé, mais qui ont été influencées par certains aspects de la culture et de la littérature orientales - les vêtements et la danse, notamment - rapportés dans les pays occidentaux. Les personnalités évoquées dans ce livre - qu'il s'agisse d'Isabel Burton, de Mary Wortley Montagu, de Cristina di Belgiojoso, de Gertrude Bell ou d'Ida Pfeiffer, pour n'en citer que quelques-unes - ont considérablement influé sur les attitudes concernant les libertés des femmes. En voyageant, elles furent en mesure de s'évaluer et de réfléchir aux rôles qu'elles pouvaient jouer dans la société. Grâce à leur ingéniosité ou à leur simple bravoure, elles ont déjoué les restrictions et prouvé qu'elles étaient capables de conduire leurs propres vies. Elles ont mis en évidence l'importance de leurs libertés en comparant leur relative indépendance à la quasi-séquestration subie par les Orientales. Quelques-unes ont même perçu dans les harems une certaine forme de liberté, et apprécié ces lieux privés, échappant au contrôle des hommes. Dans cet ouvrage, nous allons faire connaissance avec un groupe de femmes très spéciales, dont l'éducation ne les portait nullement à voyager dans des pays lointains. Contre toute attente, elles s'embarquèrent à bord de quelque navire et gagnèrent Alexandrie, Beyrouth ou Constantinople. Accompagnées par des guides ou se déplaçant à cheval, elles dormaient dans des tentes ou des auberges des plus sommaires, et faisaient de leur mieux pour comprendre les façons de vivre et coutumes de leur nouvel environnement. Mais surtout, elles réalisaient leur rêve de toujours : voyager en Orient.