Séfarade, c’est la patrie de tous les accusés et de tous ceux qui, chassés de leur maison et de leur terre, sont à jamais des étrangers où qu’ils se trouvent. Séfarade, c’est la patrie de la mémoire, celle des disparus, morts ou vivants, êtres réels ou imaginaires réunis par la fraternité et la solidarité d’un écrivain. Les voix de Franz Kafka, de l’humble cordonnier de Magina, d’Evguenia Guinzburg, d’une jeune Espagnole attendant en vain le retour de son père, celles de Primo Levi dans le train d’Auschwitz, d’une nonne enfermée à vie, de Margarete Buber-Neuman et de bien d’autres encore, célèbres ou anonymes, s’élèvent pour dire l’arrachement, l’amour, la nostalgie, l’attente désespérée. Dans ce livre magnifique, qui brise les limites de la fiction en même temps qu’il les transcende, matière humaine et matière narrative se fondent en des pages d’une beauté inouïe.