C'est en marchant sur une plage interminable qu'il a paru possible, enfin, à la narratrice de raconter cette histoire, "en marchant sur les lieux du drame, comme on dit, puisque c'est là, quelque part entre la mer et les rochers, que tout a commencé." Ce qui a commencé, précisément, c'est la fin, la mort d'une petite fille de huit ans, arrachée à la vie, violemment. La maladie a des lâchetés qui ne pardonnent pas, qui resurgissent seize ans plus tard. La petite fille s'appelait Paloma, lisait beaucoup, écoutait la musique beaucoup, vivait beaucoup. Rien n'est plus douloureux et terrifiant que de ne pas survivre à ses enfants, que de leur "apprendre à mourir" dans une chambre d'hôpital&
De cette histoire vécue, Aline Schulman (traductrice et spécialiste de littérature espagnole) a fait un petit roman, où la douleur le dispute à la tendresse, où le temps se joue des modes, des convenances, des chronologies, où les souvenirs, engoncés dans une mémoire délicate, fragile, à bout de souffle, vont et viennent, passant d'une anecdote à l'autre, d'une phrase exhumée à l'autre, d'une émotion à l'autre, sans fard. --Céline Darner