La parution de ce troisième volet des affres et turpitudes métaphysiques de la Petite personne confirme ce qu'au fond on savait déjà : le talent caustique et diablement subtil de Perrine Rouillon. La petite personne, c'est un peu le "Gemini criquet" de l'illustratrice. Un gribouillis pourtant, mais doté de qualités expressives et narratives singulières. Ainsi se déroule chacun des chapitres : un dialogue entre la créatrice, Perrine Rouillon, qui se formalise sur la page par une typographie d'imprimerie, et "sa créature", savant mélange de lignes un peu embrouillées mais dont on se surprend à discerner sans difficulté les gestes et mouvements. La petite personne parle (écriture manuscrite), est visible et doit se débrouiller pour remplir l'immensité de l'espace blanc, alors que sa créatrice semble parfois être à la traîne de sa propre inspiration. On pense au procédé de la linea, ce dessin animé où le contour d'une personne de profil surgit d'un trait et s'en va suivre la route qu'une main malheureuse lui trace, l'invectivant parfois lorsqu'elle lui met des obstacles sur son parcours. Perrine Rouillon et sa conscience créatrice se causent, se chamaillent, se donnent des explications jusqu'à l'absurde. "Je suis pas une personne Je suis une petite personne" ahane la petite personne dans Mona-mie "Tu vois bien : j'ai rien…à l'intérieur…que la page !…". Dans ce dernier volume, la petite personne, se trouve aux prises avec le diable, sa propre représentation, la mort … Autant de rencontres qui valent l'arrêt sur image. --Sylvaine Jeminet--