Ce livre montre comment l'hystérique réussit là ou l'obsessionnel et le pervers échouent : à jouir des "riens", qui donnent son sens à la réalité en elle-même insensée. L'apologie du tabac, faite par Sganarelle dans la scène d'ouverture du Dom Juan de Molière, présente l'éloge d'un de ces "riens" qui supportent l'introduction du sujet du langage à la communauté des hommes. Le procès métaphorique du refoulement originaire conditionne cette introduction. Son accomplissement heureux ouvre à l'hystérique (Sganarelle donc) l'accès au monde de la morale et de la culture, placé sous le signe du partage des idéaux et du commerce des biens. A rebours, l'obsessionnel (Alceste) se voit, avec dépit, exclu de la fête hystérique à laquelle le pervers (Don Juan) refuse, pour sa part, de condescendre. Molière, mis à la question par Freud et par Lacan et référé à la clinique analytique, nous apprend que le bonheur de l'homme dépend de son aptitude à la croyance dans les "choses de la vie", la mécréance dans les objets du semblant ayant a contrario pour conséquence de pétrifier le banquet du désir. Croire ou ne pas croire : telle est la question qui est posée au sujet du langage.