Cette nouvelle édition du théâtre de Musil complète la version, retouchée, des deux seules pièces qu'il ait achevées, les Exaltés et Vincent et l'amie des personnalités, par un Prélude au mélodrame "le Zodiaque" de 1918-1919, inédit en français et un dossier qui apporte quelques éléments essentiels à la connaissance de cet aspect de l'oeuvre : de longues lettres à des hommes de théâtre et un article de 1929 où Musil proteste contre le massacre de la création des Exaltés. Rien de ce qu'a écrit Musil n'est insignifiant, et le familier de son oeuvre sait que l'ensemble de ces pages, si diverses, constitue un immense réseau de correspondances, d'échos, de variations et de retouches dans lequel s'insèrent même des tentatives jugées secondaires par l'auteur, comme ici la farce de Vincent ou ce Prélude pour un mélodrame resté mystérieux. Le texte majeur de ce volume reste les Exaltés, ce drame dans lequel Musil lui-même a toujours vu une étape essentielle de son travail. Car, un peu comme dans cet Echange de Claudel que Musil avait admiré, on a le sentiment, dans ce drame pathétique et musical, que les personnages principaux jouent un quatuor de pensées-passions, auquel il faut, pour les faire entendre, des instrumentistes exceptionnels.