Brodsky est étranger au monde où il vit, il le serait sans doute au monde où nous vivons. Partout où le mensonge menace d'assassiner le poète, celui-ci n'a pour se défendre que le sarcasme ou l'évasion. Ce sont les armes de Brodsky. Mais en recréant l'harmonie de sa cité poétique, il ne se refuse pas à la société des hommes. Fils de Prométhée et de Diogène, il cache dans sa révolte un ferment d'espérance provocatrice. Sensible à la saveur et à la vibration secrète du monde, son lyrisme convulsif chante aussi la tragédie qui s'y déroule. Fiévreux, né aux confins du rêve et du quotidien, il ne trouve son équilibre éphémère que dans l'exaltation de la vision, cette puissance salvatrice par laquelle la mort même du poète devient l'annonce du "vingt et unième siècle d'or". Le langage de Brodsky est direct, troué d'images fulgurantes. Il célèbre les noces tourmentées de l'homme et d'une nature païenne, seule source de vie et de mort : "La mort c'est l'infini des plaines et la vie la fuite des collines."